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Université de Montréal

Ce qu’un Oscar et un prix Turing disent de nous.

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Dans : Lettres d’opinion

Mon grand-père, qui était ouvrier dans une imprimerie, se désolait souvent du fait que les Montréalais comme lui étaient « nés pour un petit pain ». J’ai bon espoir que mes petits-enfants ne comprendront plus le sens de cette métaphore boulangère et typiquement québécoise. La semaine dernière, trois Montréalais ont atteint les plus hauts sommets dans leur domaine.

D’abord, les cinéastes Chris Lavis et Maciek Szczerbowski ont remporté l’Oscar du meilleur court métrage d’animation. Puis, le professeur Gilles Brassard, de l’Université de Montréal, a été honoré du prix A. M. Turing, aux côtés du physicien américain Charles H. Bennett.

Souvent considéré comme le « Nobel de l’informatique », ce prix marque un moment fort : il s’agit du deuxième prix Turing remis à un professeur de l’UdeM, après Yoshua Bengio en 2018.

Sur la scène des Oscars, les créateurs de La jeune fille qui pleurait des perles ont tenu à remercier Montréal, rappelant que la vitalité de sa communauté artistique rend possible la création d’œuvres de calibre mondial.

On pourrait en dire autant de notre communauté scientifique, dont les découvertes sont aujourd’hui célébrées à l’échelle internationale.

Il y a là de quoi relativiser le sentiment souvent répandu sur l’état de la métropole. Montréal ne se résume pas à ses nids-de-poule : c’est aussi un terreau fertile pour les idées les plus audacieuses.

Porte d’entrée singulière en Amérique du Nord, la ville est un laboratoire d’identités en constante redéfinition. Cette diversité s’épanouit dans des milieux moins cloisonnés qu’ailleurs, favorisant les rencontres improbables et ouvrant un champ de possibilités exceptionnel.

La présence de grandes universités y assure une source continue de talent et d’énergie créatrice. Un dynamisme que viennent consolider plusieurs fleurons économiques et culturels, en plus des quelque 70 organisations internationales comme l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) qui ont choisi de s’installer dans la métropole. Montréal possède les atouts nécessaires pour tirer son épingle du jeu au XXIe siècle.

Reconnaître nos réussites


Nos récents succès invitent également à nuancer le discours souvent sombre entourant notre système d’éducation. Les défis sont réels, mais il importe aussi de reconnaître nos réussites collectives. Soixante ans après le rapport Parent, qui a ouvert l’accès aux collèges et aux universités à toutes celles et tous ceux qui avaient le talent et le désir d’apprendre, notre système démontre qu’il peut mener jusqu’au Nobel.


Il ne faut pas sous-estimer la puissance inspirante de diplômés oscarisés dans un département de cinéma ou d’un prix Turing en informatique : ces réussites montrent aux générations montantes que l’excellence mondiale n’est pas un rêve lointain, mais une voie accessible.


Dans ces pages, le comédien James Hyndman, narrateur du court métrage primé, soulignait le caractère unique du modèle de financement de l’Office national du film, en notant que peu d’organisations accepteraient de soutenir deux artistes pendant cinq ans pour créer un film de 17 minutes⁠1. Ce constat vaut tout autant pour la recherche scientifique. Pour qu’un chercheur comme Gilles Brassard atteigne les plus hautes distinctions, aussi génial soit-il, il faut un soutien constant, inscrit dans la durée⁠2. C’est cette persévérance qui permet de bâtir une réputation internationale et de renforcer notre capacité d’agir sur le monde.

Au-delà de la fierté qu’inspirent un Oscar ou un prix Turing, ces succès nous rappellent qu’ils ne doivent rien au hasard. Ils sont le fruit d’un écosystème qui s’est patiemment construit ici, à Montréal, ville plurielle, doublement insulaire par sa géographie et par sa francophonie. Un écosystème qui doit absolument être préservé pour que Montréal soit toujours grand « comme un désordre universel », comme disait Gaston Miron. C’est dans ce terreau à échelle humaine, toujours un peu chaotique, que poussent les découvertes comme la cryptographie quantique de Gilles Brassard ou des œuvres inimitables comme celle de Lavis et Szczerbowski.

 

Texte publié le 24 mars 2026, dans La Presse.